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C'est à la fin du 19è siècle dans le Delta du Mississipi, triangle de terre au sud de Memphis qu'on situe la naissance du blues : une musique qui, dans le siècle à venir, allait influencer le jazz, la country, la pop music, le rock, la chanson et même la musique symphonique. Dans cette région au climat chaud et humide, où 'est développée la culture du coton, d'anciens esclaves, tout juste émancipés, vont créer ce nouveau style musical caractérisé par une structure de "douze mesures", la fameuse progression harmonique du blues, dont les trois accords fondamentaux vont sans cesse être réutilisés. Les plaintives "blue notes" qui mêlent les modes majeur et mineur et cette grille immuable vont permettre au bluesman d'improviser sur sa guitare, son harmonica ou tout autre instrument et d'extérioriser ses sentiments. Une structure de paroles dans un schéma précis va lui permettre de raconter des histoires de la vie de tous les jours, dérogeant souvent même aux mêmes règles en ajoutant ou supprimant, temps et mesures (blues de 8 mesures : "Trouble in Mind" ou 16 mesures : "See See Rider" "Careless Love"). Souvent aussi, il emprunte à d'autres musiques, selon les rencontres et les modes : rythmes et gammes africaines mais aussi les musiques traditionnelles des immigrants, comme les balades et danses celtiques et anglo-saxonnes, les musiques latines (mexicaines, espagnoles, portugaises, italiennes, française), les glissandos hawaïens, les yodels tyroliens ou les musiques des Caraïbes. Sur de nouveaux instruments, d'origine européenne, et au sein de spectacles itinérants, les "Minstrels Shows", le blues, en empruntant aux chants religieux (negro-spirituals, gospels) et au tout jeune jazz de la Nouvelle Orléans, va se développer et animera les bars de campagnes (juke joints), les maisons closes, les pique-niques et fêtes diverses pour divertir et faire danser. Les clichés des chanteurs ou chanteuses de blues grivois et grands buveurs, aux comportements dévoyés et, parfois, violents, contestataires solitaires et individualistes, occultent souvent des conditions de vie misérable. Certains musiciens, maintenant historiquement reconnus, faisaient tout simplement "la manche" pour subsister, surtout comme c'était souvent le cas, s'ils étaient handicapés physiquement. La vie sociale - avec ses drames intimes, les catastrophes naturelles - est abondamment évoquée : l'histoire du "Bo Weavil", charançon qui ravagea les champs de coton ("Mississipi Bo Heavil" / Charley Patton), la grande crue du Mississipi de 1927 ("Back Water Blues" / Bessie Smith), la prison ("Parchman Farm" / Bukka White), la ségrégation ("I Had A Dream" / Big Bill Broonzy), le chômage, les exploits de gangsters et de sportifs, la guerre et même le naufrage du Titanic ("Titanic Blues" / Henry Brown, "God Moves The Water" / Blind Willie Johnson). Les situations scabreuses et les allusions sans équivoque sont monnaie courante. | |